Celui qu'on nomme l'un des « ténors du siècle »
sera à Acropolis ce soir
pour faire découvrir aux Niçois l'opéra « Sly »
dans lequel il jouera pour
la première fois de sa vie le rôle d'un
personnage dans la déchéance
Dans les couloirs feutrés du Negresco, un homme
entre dans la suite 122, une
suite qui porte le nom de « Montserrat Caballe »
et décorée de tableaux de
la diva.
Cet homme à la silhouette élancée porte une barbe
de quelques jours. C'est
l'un des « ténors du siècle », José Carreras.
La première fois qu'il était venu à Nice, c'était
en 1976 pour chanter le
Bal masqué de Verdi. Qui l'avait amené ici ?
« C'est elle ! », dit-il en désignant l'une des
effigies de Montserrat
Caballe, doucement éclairée par un soleil
d'automne.
Le duo Caballe-Carreras avait mis en transe le
public d'alors. Ceux qui y
assistèrent en parlent encore.
« Excusez-moi pour ma barbe, reprend José
Carreras ! C'est mon personnage
qui veut cela. J'incarnerai à Acropolis
aujourd'hui et jeudi le rôle d'un
poète, clochard et ivrogne, dans l'opéra « Sly«
de Wolf-Ferrari. Ce sera la
première fois que j'interpréterai le rôle d'un
personnage dans la déchéance.
Généralement, dans les opéras, les ténors
incarnent des personnages
triomphants. Ici, c'est le contraire...
« Misérable mais attachant »
« C'est justement ce qui m'a plu dans ce
personnage, misérable mais
attachant. C'est pour cela que j'ai voulu
remettre au gout du jour cet opéra
oublié, et que je l'ai chanté à Zurich en 1998
puis la semaine dernière à
Turin, et que je le chanterai d'ici deux ans à
New York et au Japon...
Peut-être à certains moments de sa carrière,
quand on a atteint une certaine
« maturité« , a-t-on envie de ne plus jouer que
des personnages glorieux et
arrogants !... »
Il y a une sorte d'humilité dans la démarche de
ce ténor illustre qui
connait pourtant les plus grandes gloires et qui,
lorsqu'il chante avec
Pavarotti et Domingo, remplit des stades de...
plusieurs centaines de
milliers de personnes (prochain concert des Trois
ténors à Chicago à Noel).
Au fond, on ne peut comprendre José Carreras - et
encore, le fait-on
vraiment ? - qu'en observant la vie de cet homme
admirable, ballotté entre
triomphes et souffrance.
Il ne répugne pas à parler de la « maladie
incurable » qui l'a cueilli en
pleine gloire et dont il a « miraculeusement »
réchappé à la fin des années
quatre-vingt : la leucémie.
Il le fait car il sait que son exemple peut
donner de l'espoir. Il a
d'ailleurs dévolu à cette tâche sa Fondation
internationale José Carreras
pour la leucémie.
Il voit trois raisons à son incroyable guérison :
sa propre volonté, les
encouragements de ses admirateurs du monde
entier, et Dieu.
« Prenons garde à ne pas solliciter Dieu que par
opportunisme, c'est-à-dire
uniquement quand les choses vont mal ! », dit-il.
Il énonce cette leçon d'une voix claire - de
cette voix qui aura été l'une
des plus belles du siècle.
Copyright © 2000 Nice-Matin